« La tournante est appelée à évoluer, voire à disparaître ».

Abdoulmadji Youssouf, ancien conseiller à la Cour constitutionnelle, livre à Karibu Hebdo, son avis sur la tournante et le fonctionnement de la haute juridiction.
Vous faites partie des différentes personnalités qui se sont engagées pour les assises nationales avant les prochaines élections, afin de faire le bilan de nos 40 ans d’indépendance. Quel est votre avis sur le bilan des 15 dernières années ?

Le bilan des 40 années de l’indépendance et particulièrement celui des quinze dernières années constitueront naturellement les thèmes majeurs des assises nationales que les comoriens à leur ensemble appellent de leurs vœux. Il ne me serait donc pas convenable d’anticiper ou d’usurper les prérogatives des dirigeants des partis politiques et de la société civile qui prendront part à ces assises.
Néanmoins, à titre strictement personnel, je prends le risque d’enfoncer quelques portes ouvertes. A une certaine période critique de l’histoire de notre pays, la présidence tournante a constitué notre plus petit dénominateur commun pour éviter l’éclatement et la dislocation de notre pays.

Mais, rien n’est immuable dans ce bas monde sauf le saint Coran. De ce fait, la tournante est appelée à évoluer, voire à disparaitre pour faire place à d’autres institutions plus efficientes. Ceci dit, il faut savoir que le succès de la tournante est naturellement conditionné à l’usage que les différentes autorités qui ont eu à présider la destinée de notre pays ces dernières années ont fait des institutions instaurées par ce système. Le plus souvent, cet usage est perçu comme étant synonyme de gabegie, arbitraire et abus de pouvoir par une frange importante de l’opinion. Je n’en dis pas plus, libre à chacun de se faire sa propre opinion.
Que pensez-vous de la décision de l’Union africaine mettant en garde contre, je cite, « ceux qui veulent mettre en cause la tournante » ?

A ce jour, je n’ai pas connaissance d’une formation politique ou d’un organisme de la société civile qui remet en cause le principe de la tournante. Mais l’Union africaine est certainement mieux informée, elle pourrait donc nous révéler ses sources qui ont motivé la diffusion de son viril communiqué moralisateur.

Que dites-vous par rapport à la polémique qui perdure autour de l’hypothèse d’une candidature de l’ex-chef de l’Etat, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ?
Cette polémique déplorable est également vaine, car sans objet. De plus, elle est dangereuse et nocive dans la mesure où elle est de nature à porter gravement atteinte à la cohésion et à la concorde nationale au moment où l’on parle de paix et de stabilité à longueur d’antenne. Alors, plus que jamais, certains propos tenus par le défunt président Said Mohamed Cheikh demeurent d’actualité.

Nous devons adopter un comportement digne et responsable. Le monde nous regarde et malheureusement l’image que nous présentons et souvent peu reluisante. Alors de grâce, mettons un terme aux polémiques stériles et assassines.

S’agissant de la candidature éventuelle de l’ex-président Sambi à l’élection de 2016, elle revêt deux aspects distincts : Sambi peut-il déposer sa candidature ? Sa candidature est-elle recevable ? Pour la première question, ma réponse est oui. S’agissant de la deuxième question, nous devons nous rappeler que la constitution attribue à une haute institution de l’Etat la compétence exclusive de statuer sur la validité des candidatures à la présidentielle. Il s’agit bien sûr de la Cour constitutionnelle. Donc, laissons donc les vénérables juges de cette cour rendre leur décision et faisons leur confiance. A ce propos, la Cour vient de s’enrichir de l’expertise de certains éminents constitutionnalistes dépêchés auprès d’elle par l’Union européenne, le temps des élections.

Parmi eux, un ancien président du Conseil constitutionnel du Burkina Fasso. Je souhaite maintenant adresser une respectueuse requête aux vénérables membres de la Cour : dans votre domaine de compétence, vous détenez pour une grande part du destin de notre pays entre vos mains. Vos arrêts sont sans recours, donc supérieurs à un décret du président de l’Union qui est susceptible de recours devant différentes juridictions. Je suis certain que vous êtes en capacité de vous hisser à la hauteur de vos hautes et nobles responsabilités de juges des élections. Vous avez certainement à l’esprit le serment solennel que vous avez prêté sur le saint Coran, devant Allah Akbar et que l’intérêt supérieur de la nation sera votre seul guide pour dire le droit.

Par rapport à la recevabilité de la candidature de Sambi, certes j’ai mon opinion personnelle, mais je vous la ferai connaitre après la diffusion de l’arrêt de la Cour constitutionnelle. Formuler une opinion maintenant serait participer à la polémique assassine et contreproductive.

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