« Sortir notre pays de ce trou noir sans fin et redonner de l’espoir »

Ancien officier supérieur de l’armée comorienne, le colonel Hassani Harouna a occupé plusieurs fonctions d’état, civiles et militaires. Grand Chancelier à la présidence de la république, ce grand notable se dit être connu dans les quatre coins du pays.

Son expérience, son pragmatisme et sa bonne connaissance des arcanes du pouvoir, il dit vouloir les mettre au service du peuple comorien en allant à la conquête de la magistrature suprême. Natif de Salimani Itsandra, l’ancien ministre de l’intérieur de Mohamed Taki Abdoulkarim se dit déterminé et porteur d’un projet simple avec des propositions fortes.
Vous avez été déclaré, par votre parti l’UNDC, il y a quelques mois, candidat à l’élection présidentielle prochaine. Est-ce que votre projet pour les Comores est déjà ficelé ? si oui quelles sont les grandes lignes ?

En effet, notre projet est presque fini. Il est axé sur quatre grands chantiers qui sont :
1. L’Education, en mettant l’accent sur le patriotisme, le civisme et la création des instituts de formations ; professionnelles et enfin affirmer l’identité comorienne.
2. Production, en se fixant comme objectif l’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2019 ;
3. Santé, en réorganisant la carte sanitaire et en veillant au respect du serment d’Hippocrate ;
4. La justice, en orientant les magistrats vers des formations spécialisées et en demandant l’assistance des juristes étrangers pendant la période de formation.

A l’époque vos trois colistiers (vice-présidents) n’étaient pas encore désignés. Est-ce qu’aujourd’hui cette phase est déjà bouclée ?

Nous y travaillons et vous le saurez en temps utile.
Votre Parti est issu du régime de l’ancien président, feu Mohamed Taki Abdoulkarim (paix à son âme). Est-ce que vous êtes sûr de pouvoir rassembler les militants de ce parti qui sont jusqu’aujourd’hui accablés par la mort subite de ce dernier ?

C’est plutôt le régime qui était issu du parti et non l’inverse. C’est un parti créé dans l’opposition et qui a porté un leader au pouvoir. Beaucoup des grands leaders d’aujourd’hui ont fait leurs premiers pas dans l’UNDC. C’est une fierté pour nous. Ma candidature rassemble au-delà de mon parti et des clivages politiques. C’est une candidature citoyenne et rassembleuse.

Comment vous placer votre candidature dans l’échiquier politique national. Vous êtes du pouvoir ou plutôt de l’opposition ?

Nous avons aidé à l’installation de ce pouvoir depuis l’ancien président Sambi jusqu’au Président Dhoinine. Mais à mon avis, nous n’avons pas été considérés à notre juste valeur. Vous savez, on a toujours tenu à garder notre identité UNDC dans la mouvance depuis bientôt 10 ans. Nous avons résisté à la tentation d’être englouti dans un grand ensemble creux et opportuniste. Malgré tout ça nous restons fidèles à notre engagement politique auprès du chef de l’Etat, même si il ne nous a confié aucune responsabilité jusqu’à présent.

Comme vous le savez, la campagne électorale de 2016 risque d’être dominée par la crise économique et sociale qui frappe les Comores, est ce que dans les cas précis comme le problème de l’eau et de l’électricité, ou encore le chômage, avez-vous des réponses précises ?

L’eau et l’électricité ne sont pas un luxe, je les considère comme étant des produits de première nécessité. C’est un droit fondamental pour tous les comoriens. La MAMWE est confrontée des graves problèmes de gestion et d’encadrement, je suis déterminé à y remédier dans les mois suivant ma prise de fonction si les comoriens portent leur choix sur moi. Quel que soit le prix à payer, les réseaux eau et électricité seront alimentés dans l’ensemble du territoire.

Je vais adopter le patriotisme économique en apportant un soutien aux entreprises

En ce qui concerne le chômage, je vais adopter le patriotisme économique en apportant un soutien économique aux entreprises par un allégement de charges fiscales et/ou une exonération douanière par exemple pour leur permettre d’embaucher et de mieux traiter leurs employés. D’autre part l’Etat et les administrations auront l’obligation de se fournir auprès des entreprises et commerces locales, une protection intelligente aux frontières sera mise en œuvre. Je vais développer le secteur du tourisme et de l’hôtellerie, favoriser l’investissement international, encourager la création d’entreprises à caractère industriel comme SOPAC, SAYACO, CIC…qui ont disparues.

Le train de vie de l’Etat sera fortement réduit : les dépenses fantaisistes, les indemnités excessives des élus et les avantages injustifiés seront supprimés pour financer une partie de mesures que je viens de citer.

Par rapport à ces élections, certains partis politiques se montrent très inquiets quant au déroulement dans la liberté et la transparence. Est-ce que de votre côté, vous êtes rassurés par la démarche entreprise par le gouvernement dans ce sens ?

Ceux qui se disent inquiets aujourd’hui savent de quoi ils parlent, ils ont organisé des élections quand ils étaient aux responsabilités et ils les ont gagnées, nous avons tous compris. De notre côté, nous restons attentifs et nous nous préparer à faire en sorte que l’expression des urnes s’impose car c’est la volonté du peuple. Nous participerons à toutes les initiatives qui vont dans ce sens.

Pour la première fois, la diaspora comorienne de France va voter pour les élections présidentielles, selon le gouvernement. Quel est votre avis dans ce vote annoncé ?
Toute initiative qui vise à donner la parole à nos compatriotes est à saluer. La question est de savoir si c’est le bon moment et si toutes les conditions sont réunies pour réussir ce processus. Il ne faudrait pas mettre les bœufs devant la charrue. Il faudrait aussi se demander si la France est prête à héberger et à accompagner ce processus car il va falloir garantir la libre circulation des candidats et/ou de leurs équipes sur le sol français.

Des voix s’élèvent pour réclamer un bilan de la Tournante avant les élections de 2016. Qu’en pensez-vous?

Je ne suis pas de cet avis, et je maintiendrais l’architecture de l’Etat telle que définie par notre constitution et les mécanismes y relatifs. Il y a plus urgent à faire : sortir notre pays de ce trou noir sans fin et redonner de l’espoir à nos compatriotes par des actions concrètes de nature à améliorer leur quotidien.

Propos recueillis par Ali Mmadi

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