Pavane pour un espoir éteint

Le dimanche 10 avril, les électeurs des trois îles des Comores auront à choisir, entre le vice-président Mohamed Ali Soilihi, le gouverneur Mouigni Baraka Said Soilihi, et l’ancien chef de l’Etat Azali Assoumani, celui qui va conduire les destinées du pays durant les 5 prochaines années.

Ce sont eux que les électeurs de Ngazidja avaient désignés, à travers la tournante qui leur échoit, le 21 février dernier, si  l’on fait abstraction des fraudes supposées par la majorité des candidats au tour préliminaire.
Mais la question pertinente et qui s’impose aujourd’hui, à trois jours de ce rendez-vous important, est de savoir ce que chacun des trois prétendants à Beit-Salam propose pour que ce petit pays de l’Océan indien, peuplé de moins d’un million d’âmes, sorte enfin de sa pauvreté extrême. La réponse souhaitée aurait été de démontrer comment conduire le pays à une dynamique de développement susceptible de créer un espoir pour les générations futures.
Sauf qu’au regard des parcours politiques des candidats en lice, sans doute non comparables, et leurs discours respectifs de campagne depuis plus de 5 mois, on a la peur au ventre. L’incertitude persiste, l’inquiétude envahit toute la population, et non sans argument. L’histoire politique du pays et les 40 ans d’indépendance analysés aidant, les Comores doivent se préparer pour un  avenir difficile, voire douloureux. Quelque soit le vainqueur.
Mohamed Ali Soilihi, le candidat du pouvoir sortant dont le bilan est loin d’être reluisant incarne la politique comorienne depuis la fin des années 1970. Il a gravi tous les échelons du pouvoir et joué souvent des rôles importants dans la vie politique et économique des Comores. Qu’il le veuille ou non, que ses proches l’admettent ou pas, il est coresponsable de l’échec national que personne ne peut aujourd’hui contester. A travers la lecture de ses deux livres parus à l’occasion de cette campagne électorale, cette responsabilité est évidente, même si lui-même n’y fait aucune allusion, n’en parlons plus de mea culpa. Et les propositions dont le peuple comorien avait légitimement besoin n’y figurent pas, hélas.

« On est face à trois candidats qui sont loin d’incarner un espoir pour notre pays. Pourtant, tout le monde fait semblant de croire à un avenir meilleur des Comores après le 10 avril »

Le colonel Azali Assoumani, candidat de la CRC, que l’on ne peut pas qualifier de parti d’opposition vu ses tergiversations depuis le début du quinquennat en cours, avait  sans doute l’occasion dans cette course de se poser en alternative. Ayant dirigé les Comores de 1999 à 2006 et resté en dehors des affaires pendant 10 ans, il aurait dû être capable de tirer les leçons, revoir ses erreurs, qui ont été nombreuses, pour nous proposer un vrai projet de sortie de ce péril. Et bien non, l’ancien président sillonne le pays depuis des mois, remplit les salles juste pour demander d’être réélu. Pourquoi faire ? On n’en sait rien.
Quant à Mouigni Baraka Said Soilihi, actuel gouverneur de Ngazidja et benjamin du trio en compétition, il est certes le moins expérimenté politiquement et peut-être celui dont la responsabilité dans cet échec collectif  est moins aggravée. Mais durant ses 5 ans à la tête de la grande île de l’archipel, il n’a pas réussi à se forger une stature présidentielle, d’un homme fringuant de rupture et soucieux du changement tant souhaité et attendu par la population. Pire, il s’est laissé accaparer par le conformisme, éloigner  des vrais sujets. A vrai dire, il aurait dû concourir pour un deuxième mandat à la tête de Ngazidja en attendant qu’il soit prêt pour la magistrature suprême.

Vous voyez qu’on est face à trois candidats qui sont loin d’incarner un espoir pour notre pays, mais qui nous sont imposés par le système de la tournante. Pourtant, à travers le pays, tout le monde fait semblant de croire à un avenir meilleur des Comores après le 10 avril.

En fait, c’est une  pavane pour un espoir déjà éteint. Mais parait-il que chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Certes les bonnes âmes opportunistes et militantes dans cette campagne électorale vont me taxer d’abruti pessimiste après lecture de ce texte, mais ne leur en déplaise, m’interdire de le faire serait aller contre ma conscience de citoyen ayant compris que l’amour à son pays c’est aussi avoir le courage de dire la vérité comme disait Jean Jaurès.

Ali Mmadi       

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *