Ngazidja : Hassani Hamadi, la grande surprise

L’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Hassani Hamadi, a été élu, le 10 avril dernier, gouverneur de l’île autonome de Ngazidja. Selon les résultats provisoires de la commission électorale insulaire, le président du parti CRAN a obtenu 62,17% des voix contre 37, 83% pour le candidat de l’UPDC, Ahamada Moussa.

La victoire est écrasante, et le candidat de l’UPDC ne pouvait que reconnaitre sa défaite avant même la proclamation des résultats provisoires par la CEII de Ngazidja. Si la Cour constitutionnelle confirme dans quelques jours ces résultats, Hassani Hamadi, originaire de Mtsangadjou dans la région de Dimani, succédera au palais de Mrodjou le 23 mai prochain, le gouverneur Mouigni Baraka Said Soilihi qui ne s’était pas présenté à sa propre succession.

Jusqu’à cette victoire, nul ne pouvait imaginer que le candidat du micro-parti politique, CRAN, puisse réussir cette aventure électorale. Même s’il baigne dans la vie politique des Comores depuis le milieu des années 1990, Hassani Hamadi n’a jamais été considéré comme un homme politique de poids. Et il est toujours resté dans l’ombre.

C’est son statut de jeune économiste très pointu qui lui a permis de décrocher en 1994 le poste de conseiller auprès du ministre des Finances et de l’Economie. Deux ans après, en tant qu’expert, il a été porté à la tête de la société nationale, Eau et Electricité des Comores(EEDC) avant que celle-ci ne soit cédée au groupe français Vivendi et devienne la Comorienne de l’Eau et de l’Electricité (CEE).

En 1997, Hassani Hamadi retrouve le ministère des Finances au poste de directeur de cabinet. Eloigné des affaires depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Azali Assoumani, en 1999, l’étoile montante de Dimani vit dans la discrétion entre les Comores et la France et constitue peu à peu ses réseaux au niveau du pays à travers des petits projets sociaux. Son intégration à l’université des Comores dès 2004, comme son implication de la création de certaines écoles professionnelles lui ont permis d’approcher les étudiants et de bâtir en sa faveur un capital de confiance au niveau de la jeunesse.

Elu président de l’Union des Comores en 2006, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, le nomme ministre des Finances et de l’Economie. Une belle occasion pour cet homme ambitieux mais discret, de se mettre à la lumière avec des initiatives socioéconomiques. Il est surtout connu comme le ministre qui a mis en place le mécanisme du paiement automatique des fonctionnaires à chaque fin du mois par la SNPSF, qui a inventé le système de découvert pour les agents de l’Etat. Il devient ainsi le chouchou des fonctionnaires, malgré son éviction par le président Sambi au motif que le système des paiements automatiques s’est révelé lourd pour l’Etat qui manque des ressources sûres, et périlleux pour la banque postale.

En 2009, après la réforme constitutionnelle, Hassani Hamadi se présente, contre toute attente,  candidat au poste de conseiller de l’île dans la circonscription de Dimani. Il l’emporte facilement avant de devenir président du tout nouveau Conseil pendant un an.

Hassani Hamadi dispose d’importants atouts pour apporter un souffle nouveau à l’île de Ngazidja et à sa population

Depuis, il s’est concentré dans l’entretien de ses réseaux dans le pays, ses cours à l’université et le développement de projets de formations professionnelles. Loin des médias qui l’ont toujours ignoré, même durant cette dernière campagne électorale. Il a créé la Coopérative des mutuelles des Comores pour le développement(CODCOM) dont il est le président directeur général.

Aujourd’hui, dans ses futures nouvelles fonctions, Hassani Hamadi, eu égard son expérience et son sens de l’expertise, dispose d’importants atouts pour apporter un souffle nouveau à l’île de Ngazidja et à sa population. Un souffle qui pourrait, grâce à lui, s’étendre à l’échelle nationale. A condition qu’il s’applique pour la justice sociale, la défense de l’intérêt général et fasse preuve d’ingéniosité quant aux impératifs organisationnels et réformes administratives dont l’île a tant besoin de façon urgente. Oui, il doit quitter le camp de ceux qui veulent endormir un pays dont la population souhaiterait avancer au rythme du monde. Sinon, il suivra le chemin de ses prédécesseurs pour finir un seul mandat chaotique avant d’être rejeté par la politique nationale.

ALI MMADI

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