Lettre au colonel Azali Assoumani

 

Monsieur le président,

Le 26 mai prochain, vous allez être investi des fonctions les plus importantes du pays, les plus prestigieuses également, mais surtout les plus exigeantes. En tant que chef de l’Etat, premier magistrat de l’Union des Comores, vous allez avoir entre vos mains le destin de tout un peuple. Un peuple comorien, qui a fêté avec amertume, le 6 juillet 2015, le 40e anniversaire de son indépendance. Et vous n’êtes pas sans savoir que les conditions de votre élection, le 10 avril et le 11 mai 2016, n’ont pas été celles d’un pays qui rêve et espère, mais qui doute fort et pavane pour un espoir éteint. Vous allez prêter serment pour la deuxième fois et reprendre les commandes de notre nation durant cinq années.

Et bien, avant que l’ivresse du pouvoir ne vous accapare et les appétences de votre entourage ne vous surplombent, je tiens à vous rappeler les dangers qui guettent notre pays et les exigences qui vous attendent dès la prise des fonctions.

Vous conviendrez avec moi pour dire que vous n’avez pas été élu grâce à votre meilleur programme, ni au bilan flamboyant de vos mandats précédents. Le peuple a porté son choix sur vous pour se débarrasser du régime Ikililou dont la suite devait être incarnée par Mohamed Ali Soilihi. Cela appelle donc à la fois à l’humilité et au sens de la responsabilité. Sinon, vous finirez le quinquennat comme Ikililou Dhoinine : un président faible, qui, durant cinq ans, a manqué d’audace.

Ce n’est pas étonnant, si malgré les opportunités que son gouvernement a eues, il achève son mandat dans un climat désastreux. On va encore s’interroger sur l’utilisation des 20 milliards de l’Arabie Saoudite et des 7 milliards de la licence de Telma.

Les Comores d’aujourd’hui disposent d’atouts importants pour entrer dans une ère de développement économique et social, même si les derniers mois du régime sortant ont appauvri un peu plus le pays.

Des terres bien fertiles dans toutes les îles, une mer poissonneuse, un climat beau et naturel, tous très peu exploités. Il y a aussi l’existence éventuelle dans le pays de richesses naturelles comme le gaz et le pétrole.

Par ailleurs, les Comores peuvent compter sur sa population, majoritairement jeune et avertie, prête à s’investir et sortir le pays de son marasme. Mais en même temps, et vous devez le savoir, Monsieur le président, les Comores restent un pays bloqué par son système politico-administratif archaïque et asphyxié par la corruption, le clientélisme et l’indifférence des autorités.

Ce n’est pas surprenant si après 40 ans d’indépendance, le peuple comorien souffre des mêmes maux et le pays demeure incapable de satisfaire les besoins les plus élémentaires d’une population démunie : eau, électricité, routes, éducation et santé de base. Certes nous avons la fibre optique, nous venons d’inaugurer la TNT, et bientôt nous nous connecterons avec la 4G, mais quel est le sens de tout cela pour un peuple affamé ?

« Les Comores ont besoin de réformes profondes, notamment économiques, administratives et sociétales. On ne peut pas continuer à mentir à nos compatriotes et à nous-mêmes en faisant croire que tout va s’arranger dans l’immobilisme.»

Monsieur le président,

L’Histoire vous accorde une chance exceptionnelle de rattraper vos erreurs commises entre 1999 et 2006. Allez-vous la saisir pour dissiper la brume d’angoisse qui recouvre ce pays depuis 40 ans et réhabiliter votre personnalité ou choisirez-vous de rester dans votre tour d’ivoire et penser que le destin se changera tout seul et que le vent nous poussera?

Cette même Histoire est injuste, on le sait. Elle vous demande de réparer les erreurs du passé, notamment celles commises par vos prédécesseurs, mais nul n’est contraint de concourir aux plus hautes responsabilités d’un pays.

Les Comores d’aujourd’hui ont besoin de réformes profondes, notamment économiques, administratives et sociétales. On ne peut pas continuer à mentir à nos compatriotes et à nous-mêmes en faisant croire que tout va s’arranger dans l’immobilisme. Nous avons un Etat budgétivore, en faillite, avec des fonctionnaires majoritairement incompétents et corrompus. Notre économie, dépendant à plus de 90% des importations, s’écroule de jour en jour faisant le lit d’un chômage de masse et d’une pauvreté extrême. Par ailleurs, les valeurs traditionnelles de paix, de tolérance et d’entraide disparaissent peu à peu.

Monsieur le président,

Vous voyez que le besoin d’un redressement est immense et urgent. Et ce redressement ne pourra jamais se faire avec ce même Etat, la même administration et la même Justice. Ils ne peuvent même pas être améliorés tellement tout est rongé jusqu’à la moelle épinière. Il faut tout renverser pour faire du neuf. Inutile de vouloir corriger le pays à la marge après 40 ans d’échec.

Voilà pourquoi, vous devez recourir à de nouvelles compétences capables de réinventer le pays et mettre en œuvre les changements nécessaires, au lieu de reprendre les mêmes qui ont d’ailleurs déçu le peuple, pour recommencer la même chose que durant votre premier mandat.

De son côté, le journal Karibu Hebdo, crée en octobre 2014 au service des Comores et des Comoriens s’efforcera durant les 5 prochaines années d’accompagner les bonnes politiques publiques et soutenir celles et ceux qui incarneront l’imagination et le courage en faveur du peuple. Et toujours attaché à la pluralité des opinions, il donnera plus que jamais les siennes car elles défendent les valeurs de démocratie, de justice, de paix et de développement.

Monsieur le président, je vous souhaite bonne chance et bon courage

Ali Mmadi

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