Didier Robert: « Nos îles se situent au cœur de la croissance mondiale »

Aux Comores fin août, à l’occasion du festival culture et gastronomie de l’Océan indien, le président de la Région Réunion, Didier Robert, a accordé cette interview exclusive au correspondant de Karibu Hebdo à Anjouan pour mettre en lumière les démarches de la région Réunion et la stratégie à adopter pour mener à bien les coopérations dans l’océan indien.

Le conseil régional assure depuis 2014 l’autorité de gestion du Fonds européen pour le développement régional (FEDER) Coopération. Il est juridiquement compétent pour signer des accords de coopération. Parlez nous de ce long processus et de l’adhésion des pays de la zone à cette démarche.

La Région Réunion est en réalité l’autorité de gestion du FEDER Coopération depuis 2000, année à partir de laquelle trois générations de programme se sont succédées, avec des enveloppes budgétaires qui ont considérablement progressé au fil du temps. 5 millions d’euros sur 2000-2006 ; puis 35 millions sur 2007-2013 ; et plus de 63 millions sur 2014-2020. Ma priorité aujourd’hui, et c’est aussi la volonté de la Commission européenne, c’est de parvenir à une meilleure intégration des RUP dans leur environnement régional. Le programme actuel va dans ce sens puisque l’une des nouveautés réglementaires qu’il comporte prévoit, d’une part, sa nécessaire approbation par les États tiers qui en sont partie prenante. Ces derniers doivent formaliser officiellement leur intérêt à intégrer le programme. C’est ce qu’ont fait les Comores le 1er juin 2015. Les Etats tiers sont aussi membres de droit du comité de suivi Interreg V Océan Indien, et ont ainsi pour rôle de veiller à la qualité de la mise en œuvre du programme et d’approuver les critères de sélection et les rapports annuels de gestion. D’autre part, la Région Réunion qui est responsable du programme Interreg OI au plan juridique et financier, est depuis avril 2016 pleinement compétente pour signer des accords de coopération bilatéraux avec les pays tiers du programme. C’est une évolution que j’ai toujours défendue et à laquelle je suis très attachée, parce que nous, acteurs des RUP, sommes les mieux placés pour décider de notre avenir et des axes de travail que nous voulons avoir en commun.

Le programme comporte deux volets, un volet transfrontalier et un volet transnational. Comment s’articulent ces deux volets ?

Les deux volets du programme s’articulent en cohérence avec ma vision globale de la coopération régionale, qui doit d’abord être renforcée au sein des îles et Etats du premier cercle. Cet objectif correspond au volet transfrontalier du programme, doté de 41,4 M€, pour la coopération entre La Réunion et ses voisins les plus proches regroupés au sein de la Commission de l’Océan Indien – Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles. Nos îles se situent au cœur de la croissance mondiale, et c’est un contexte bénéfique que nous devons prendre en compte dans nos projets. C’est l’objet du volet transnational du programme, doté de 21,8 M€, avec un périmètre de coopération plus large qui englobe les pays du grand Océan Indien – Inde, Maldives, Chines, Australie…

Le FED finance des programmes de coopération et de développement économique dans notre pays. Comment le FEDER va-t-il pouvoir s’insérer sans interférer dans les mêmes projets ?

Cet écueil pourra être évité dans la mesure où l’Union Européenne, qui a en charge le FED, est membre du comité de suivi et donc associée à la gouvernance du programme Interreg V OI. Par ailleurs, un comité FED/FEDER a pour mission spécifique de travailler sur la complémentarité et la cohérence des programmes.

Cette mission menée aux Comores vise quels objectifs : identifier les nouveaux projets et se concerter avec les autorités des priorités développement ? Quels sont les secteurs que le FEDER coopération vise en priorité ?
En tant que Président de la Région Réunion, qui est autorité de gestion d’Interreg V OI, mon objectif premier est de sensibiliser un maximum d’acteurs locaux institutionnels et économiques sur les enjeux du programme. Cette mission représente aussi l’opportunité d’échanger et de travailler à identifier nos priorités communes et nos centres d’intérêt partagés. Les 5 axes d’action définis au sein du programme nous offrent pour cela une grande marge de manœuvre dans des secteurs très diversifiés que sont la recherche et l’innovation (une enveloppe de 26,7 M€) ; les échanges économiques (11, 18 M€) ; le changement climatique et la gestion des risques (6,56 M€) ; le patrimoine naturel et culturel (3, 65 M€) ; la formation, les échanges et la mobilité (11,28 M€).

On parle de convention qui doit être signée entre le conseil régional et les Comores. Quelle est sa portée juridique et sa durée ?

Tout d’abord, je tiens à dire que je suis très heureux que la Région Réunion puisse signer, en tant qu’autorité de gestion du programme opérationnel Interreg V OI, une convention-cadre avec le territoire des Comores. Je considère que c’est une avancée importante et nécessaire en matière de coopération régionale dans la zone Océan Indien. Le texte s’appliquera aux fonds européens dont la Région Réunion est autorité de gestion, c’est-à-dire le FEDER (Fonds Européen de Développement Économique et Régional), le FSE (Fonds Social Européen) et le FEAMP (Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche). La convention précisera, à l’issue du dialogue entre les parties prenantes, les objectifs et les moyens pour faciliter la conclusion de projets de coopération conjoints. Le document, dont la portée s’étendra sur toute la durée du programme, soit jusqu’en 2020, sera aussi garant de la transparence et de la sécurisation des échanges réciproques entre les signataires.

Le secteur privé comorien peine à accéder à des ressources de financements de l’Union européenne.  Comment le rassurer et quelles sont les procédures pour y accéder ?

Je suis pleinement conscient des difficultés récurrentes pour les acteurs privés d’accéder ne serait-ce qu’aux informations préalables sur les demandes de financements européens, alors même que le soutien au secteur productif et au développement des échanges commerciaux constituent notre priorité. Nous devons donc compléter les évolutions réglementaires récentes par une approche plus pragmatique, sur le terrain. Pour pallier la difficulté que vous évoquez, j’ai donc décidé d’accompagner les acteurs économiques dans ces procédures. Ce sera le rôle de l’antenne de la Région Réunion que nous souhaitons, en relation avec les autorités comoriennes naturellement implanté aux Comores. Dans le cadre de ce partenariat C’est aussi l’un des objectifs de la mission que nous menons sur votre territoire.

Nous n’ignorons pas que dans la gestion de ces projets se pose un problème de gouvernance, et surtout un problème de cohérence et de complémentarité des différents intervenants. Comment piloter ces projets et résoudre ce dilemme de multiples interventions d’un même bailleur ?

Là encore, le schéma de gouvernance du programme associe l’ensemble des acteurs et les différents bailleurs de fonds – Union Européenne, délégation de l’UE, collectivités locales, État. Ils disposeront d’une véritable instance de concertation au sein du comité de suivi Interreg. Par ailleurs, les conventions-cadres qui seront actées entre l’autorité de gestion et les État tiers permettront de clarifier au besoin les champs d’intervention de chacun, de prioriser les projets d’intérêt commun et de déterminer une feuille de route cohérente et concertée.

La Commission de l’Océan Indien intervient presque dans ces domaines. Doit-on conclure que la Commission verra ses financements en provenance de l’UE se tarir ?

Je souhaite d’abord rappeler que le financement de la COI relève du FED et donc de la politique extérieure de l’Union. Mais je suis parfaitement conscient de la nécessité de coordonner les interventions du FED COI et du FEDER Interreg. C’est pourquoi j’ai mis à disposition du secrétariat général de la COI un agent de la Région Réunion qui a notamment comme mission de rechercher la meilleure articulation entre les deux programmes. Par ailleurs, la COI, en tant qu’organisation régionale, est aussi membre de droit du comité de suivi Interreg V. Elle pourra donc participer aux échanges et aux arbitrages que nous serons amenés à effectuer. Je suis personnellement convaincu que la mise en œuvre du programme Interreg V OI, notamment au moyen des conventions-cadres bilatérales que nous signerons avec les Etats tiers, va pouvoir donner un véritable coup d’accélérateur aux projets de coopération régionale dans l’océan Indien, et notamment entre la Réunion et les Comores.

Propos recueillis par Nabil Jaffar

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *