«Le tourisme reste notre projet phare»

Investi à la tête de l’île autonome de Ndzuani le 23 mai dernier, Dr Abdou Salami Abdou, a accordé cette interview exclusive à notre correspondant à Anjouan. Il défend le tourisme comme sa priorité.

Nous avons entendu le discours tenu par votre directeur de cabinet, après  les événements  tragiques du 12 juillet. Ce discours est mal jugé, notamment par votre opposition. Que dites-vous ?   

J’aimerais avant tout attirer l’attention des uns et des autres du caractère subjectif des interprétations. Chacun est libre de donner le sens qu’il veut au discours du directeur de cabinet. La position de Dar Nadja  est et restera toujours ferme quant à tout acte de violence qui se produira à Anjouan.  Les magistrats ont ouvert une information et nous restons persuadés qu’aucun coupable ne restera impuni.

Au cours de votre discours d’investiture, vous aviez  juré devant toute la population de ne pas agir comme votre prédécesseur. Que faîtes-vous par rapport à cette situation d’insécurité qui prévaut à Anjouan actuellement ?

J’ai en effet juré de faire la différence et je réitère cette promesse. Il est toutefois primordial de savoir quel sens nous donnons à la sécurité.  Vous le savez comme, des meurtres il y en a toujours malheureusement, des actes de violences on en a assez vu durant ces cinq dernières années. Donc ce n’est pas sous mon mandat que cela se produise seulement. Au passage je vous citerai l’exemple à Mutsamudu du jeune qui a tué un collègue de quartier et qu’on aura tabassé à mort quelques heures après. Ou encore l’exemple de celui qui a été égorgé dans un champ à Adda, pour ne citer que ceux-là.

La différence avec aujourd’hui, c’est l’état de psychose qui se répand petit à petit sur l’île. Une psychose qui a été introduite par un groupuscule de gens mal intentionnés pour des fins politiques.

Toutefois, nous sommes convaincus qu’avec la détermination des exécutifs et le déploiement des forces de l’ordre, les Anjouanais pourront aller là où ils veulent en toute tranquillité.

Nous montrerons notre différence par notre rapprochement avec le bas peuple, notre capacité d’écoute et notre transparence dans la gestion des affaires publiques.

Nous avons commencé par la restitution de certains biens de l’État qui ont été confisqués, nous avons jeté un coup d’œil sur la question de la vie chère, et maintenant nous nous sommes penchés sur les mesures d’assainissement du fichier de la fonction publique et la protection des biens de L’État en vue de lutter contre la corruption. Toutes ces actions et bien d’autres qui verront le jour dans l’avenir insh’Allah ont été menées pour prouver cette différence dont nous avons parlé.

Après votre intronisation le 23 mai, on attend toujours votre projet phare. Anissi Chamsidine avait le mot d’éducation dans sa bouche, et vous c’est quoi ?

C’est dommage qu’aujourd’hui on nous demande notre projet phare, alors que pendant plus de quatre mois nous avons battu campagne avec comme thème principal le tourisme.

C’est un projet de grande envergure à actions transversales qui nécessite bien sûr une grande préparation en amont. Je peux dans tous les cas vous assurer que le tourisme reste notre projet phare et que nous travaillons là-dessus.

Beaucoup critiquent votre gouvernement sur deux angles bien précis : l’absence de femme en son sein, et les nominations de jeunes non expérimentés dans plusieurs postes clés.   Que répondez-vous?

Ceux qui critiquent le choix des jeunes, ignoreraient-t-ils que la population comorienne en général, notamment à Anjouan, est très jeune. Mais aussi que la majorité des Anjouanais au chômage sont des jeunes ? Me reprocheraient-t-ils d’avoir voulu propulser ces jeunes qui représentent l’avenir de demain ? En leur donnant la chance de faire leurs preuves dès maintenant, nous leur permettons d’acquérir de l’expérience très tôt et nous ne sommes pas sans savoir que l’expérience est la clé de toute réussite.

Et pour ce qui est de la représentativité des femmes dans le gouvernement, les grandes responsabilités ne se limitent pas aux six commissariats. Ces femmes vous les verrez dans le cadre des assimilés, des grandes directions et bien d’autres postes.

Par rapport aux évènements du 12 juillet, on vous accuse d’avoir cultivé cette justice de la rue à dès la période des élections. Comment expliquez-vous ces accusations ?

Sauf votre respect, un ancien dirigeant qui a tout fait pour instaurer cette instabilité n’a pas de leçon à donner. Les Anjouanais sont conscients du fait qu’Anissi Chamsidine n’a pas convaincu les 30% de l’électorat de l’île d’Anjouan, mais a voulu forcer la tendance en enchaînant fraude sur fraude. Pour rajouter à sa mauvaise stratégie électorale, il a procédé à des centaines de soi-disant recrutements dont aucun des dossiers ne figure dans le fichier de la fonction publique, moins encore, au niveau des finances. D’où la question : quel avenir avait-il préparé pour ces gens ?

Ce qui est sûr : en phase de faillite morale, on ne se remet jamais en cause, mais on rejette tout sur l’autre.

Des gendarmes et des juges sont dans le  collimateur de la justice suite à ces événements, êtes-vous convaincus que justice sera équitablement faite?

Etant élu pour servir les Anjouanais et aspirant à  mes principes de bonne gouvernance, je ne peux qu’encourager la justice à qui je fais confiance, et respecter leur décision.  Il est évidement que des mesures doivent être prises à tous les niveaux. Je rassure tout le monde que jugement ne sera pas fait selon la proximité des responsables avec les membres du gouvernement, mais selon les charges qui leur seront imputées. Il n’y aura pas deux poids et une mesure, on peut compter sur notre justice.

Le président de la république vous estime beaucoup, mais on aimerait savoir  un des engagements politiques qu’il a pris pour vous accompagner pour le développement de l’Ile…

Eh bien, si vous le dites. Je ne peux que me réjouir. Être estimé par le président de la république est un atout.

Le chef de L’État nous accompagne sur le chantier de la bonne gouvernance. Il s’agit d’une de nos priorités sur l’île, car il représente le socle de tout développement. Les actions de lutte anti-corruption qui ont débuté à Anjouan ont eu un écho national. Cet écho est relayé à Ngazidja et Mohéli grâce au soutien du chef de l’État.

Et ceux qui propagent que le torchon brûle entre Dar Nadja et Beit-Salam (…), ont-ils raison?

Vous me l’apprenez ! Une chose est sûre : les jacassements ont débuté dès le jour où nous avons annoncé notre alliance avec le parti CRC. Ceux qui n’ont pas voulu y croire continuent aujourd’hui à parler de discorde et ils ne sont pas prêts à arrêter. Dans la mesure où nous savons qui est derrière ces intox, nous devons prêcher la méfiance.

Vous parlez d’une bonne entente entre vous et le Gouvernement de l’Union, alors que des maires ont boycotté une réunion à Dar Nadja la semaine dernière et on dit que ces élus sont sous le  contrôle du vice-président Moustadroine. Une contradiction? 

Etes-vous conscient que c’est une honte que d’ignorer que le mandat est impératif et de soutenir qu’un élu est sous le contrôle d’un autre élu ? Conformément à l’article 9 de la Constitution, les communes sous la tutelle des Gouvernorats. Certains maires de Ndzouani ont boycotté une réunion pour des raisons qui ne sont nulle part défendables. Ils sont tout simplement conscients que dans le cadre de l’instauration de la bonne gouvernance, des contrôles vont débuter dans toutes les administrations et qu’ils ne feront pas l’exception. Les maires qui n’ont pas la conscience tranquille trouvent en ces actions de boycott un moyen de se réfugier mais la loi sera leur seul refuge et la loi les rattrapera.

Grâce à vous (Juwa) Azali est élu Président, on  crie injustice sur les nominations qu’il vient de procéder, surtout aux postes des directeurs généraux des sociétés d’État qui représentent  presque les 99% des Grand-Comorien, partagez-vous cette opinion?

Nous sommes en effet insatisfaits de l’absence des Anjouanais et des Mohéliens dans les fonctions de grande responsabilité comme les sociétés d’Etat. Cela a été une grande première dans l’histoire des Comores, une erreur qui sera certainement corrigée.

Dr, êtes-vous au courant que la santé de l’île est malade à cause de la sécheresse financière qui frappe le domaine et le manque presque total d’équipements médicaux. Vous êtes au courant que nos médecins font un travail d’Hercule et sauvent des vies au bout du fil…

Nous sommes conscients de ce mal qui ronge notre île. Mon équipe et moi, nous nous sommes d’ores et déjà mis à l’œuvre pour remédier à cette situation. Étant moi-même médecin de formation, je me sens beaucoup plus concerné que d’autres.

Propos recueillis par Nabil Jaffar

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